Marion Chatel-Chaix ou l’infusion créative…
Auteur : Ariane | 28-05-2011

J’ai rencontré Marion là où elle a grandi, il y a 3 ans maintenant. Une belle maison contemporaine mais qui aurait pu être là depuis toujours, nichée dans un écrin de nature, sur les balcons de Belledonne.
Au cours d’un dîner, nous échangeons longuement sur ses études et expérimentation de designer. Elle me montre ses projets de concours, ses premières créations. Je découvre sa détermination calme et passionnée avec beaucoup de plaisir. Séduite par son regard rempli de lumière, on discute de son avenir…
Formidable, aujourd’hui, grâce au blog Cocotte-Design nos routes se recroisent…
Au sujet de votre parcours, qu’est-ce qui vous a sensibilisée pour choisir et évoluer dans le domaine du design ?
Petite, je suis « tombée dans la marmite » de la création entre un père architecte et une mère coloriste. Ils m’ont rapidement mis entre les mains, terres, papiers, couleurs, colle, agrafes, tissus, bobines… Et mes yeux se sont ouverts sur la dimension esthétique des choses qui m’entouraient. Petite, je rêvais de devenir «bidouilleuse».
Mon sens de la couleur et mon goût pour les matières m’ont orienté vers des études dans le textile, à Lyon, ville historique de savoir-faire et d’innovation dans ce domaine. J’ai obtenu un DSAA Concepteur créateur, qui permettait d’envisager le textile comme un medium sensible à appliquer dans les différents champs des arts appliqués : mode évidemment, mais aussi design d’objets, d’espaces ou d’images…

Pourquoi avoir choisi cette petite phrase « design à sensibilité textile » ?
Je ne suis ni une «designer industriel», qui rêve de chaises ou de voitures, ni une «designer textile», qui travaille uniquement le motif sur des surfaces planes.
Ce que je qualifie de «design à sensibilité textile» est un tout, alliant le travail des formes, des couleurs, des matières, des images, qui par associations crée du sens, et des sensations. Ces champs de compétences sont à mettre en relation avec ceux du design d’objets ou d’espaces, pour lesquels ils apportent un plus.
Quelles richesses avez-vous pu retirer de vos premières expériences ou rencontres ?
J’ai travaillé en tant que styliste matières et accessoires pour Cotélac. En découvrant leurs collections, j’ai été sensible à la relation très forte qu’il pouvait y avoir entre la styliste et le tissu. J’y ai appris que la phase de création et de recherches peut rester un véritable état d’esprit, même pour une marque de mode, qui connaît des contraintes de production industrielle.
Une «année d’exil» dans la Drôme, totalement différente sur le plan professionnel mais riche en relations humaines me fit prendre conscience que mon profil était en quelque sorte «sans étiquette». Ces expériences en poche, je décide alors de m’installer à Paris pour débuter mon activité de designer indépendante afin de retrouver une nouvelle diversité de projets.
Ariane et Martin Berger ont fait parti des rencontres et des encouragements précieux qui m’ont soutenue dans l’idée d’un projet un peu fou pour d’autres : plaquer un «bon» boulot, et une situation «stable», en pleine période de crise, pour aller au bout d’une envie.

La relation au projet créatif. Votre inspiration ? Vos parallèles entre textile, matière, espace ?
J’ai coutume de dire que «je suis comme une éponge» : je suis curieuse de tout, de l’esthétisme des choses, de leurs fonctions, du pourquoi, du comment… Je regarde tout. Je voyage, je rapporte dans mes bagages des objets «coups de cœurs». Je vais voir un maximum d’expositions, je ne peux rentrer dans une librairie sans en ressortir avec un sac chargé de livres ! «Rien ne se crée vraiment, tout se transforme». Mon inspiration peut partir d’un concept, d’une image, d’une couleur, d’une matière. Mais je pense aussi pouvoir apporter le «petit truc en plus» avec ma note de sensibilité qui poussera l’état de projet à sa concrétisation.
Votre approche photographique est souvent complémentaire à votre création, pourquoi ?
C’est une façon pour moi d’emmagasiner des informations qui me serviront plus tard. Je «cadre et focalise» sur ce qui me touche dans un lieu : une ambiance de couleurs, de matières, ou un détail que l’on n’aurait peut-être pas remarquée s’il ne devenait pas le sujet principal de la photo. J’aime saisir des choses qui ne sont pas dans la norme.


Votre lieu de travail ? Atelier ? Comment travaillez-vous, votre relation à l’étude ?
Pour le moment, je travaille chez moi. J’ai un très grand bureau qui occupe une belle place au milieu de ma pièce à vivre. J’ai un nombre invraisemblable de boîtes, pleines de bouts de matières, de couleurs, d’idées, que je garde «au cas où»...
Généralement, je mûri longuement une idée dans ma tête. C’est un croquis rapide qui me sert de pense-bête. J’écris aussi beaucoup. Je passe assez rapidement de l’image, à des premières ébauches en volume, que je «bidouille».
On y reconnaît parfois des choses récupérées ici ou là, et qui ressortent d’une de mes fameuses boîtes, transformées sous une autre forme. Des photomontages me permettent aussi rapidement de visualiser mon étude.
Je rêve d’un vrai atelier, où il y aurait suffisamment de place pour ranger toutes ces matières à réflexion !
La place des femmes dans la décoration, qu’en pensez-vous ?
Elles sont peu nombreuses. Mais je trouve que les créations faites par les femmes sont identifiables. Il en ressort une féminité, souvent associée à une sensibilité qui se ressent. Mais peut-être, cela me parle-t-il parce que ce sont justement deux perceptions de femmes qui se reconnaissent ?
Surfez-vous sur les blogs ?
Je ne surfe pas. Je suis abonnée à quelques flux sur des blogs que j’ai identifiés et dont les billets m’intéressent. Néanmoins je n’y passe pas des heures…
Une femme artiste que vous admirez ?
Lidewij Edelkoort, la sensibilité en dialogue avec le design par excellence.
Les lieux que vous aimez fréquenter en ville ou ailleurs ?
Plutôt citadine, ce sont les villes que j’aime découvrir en général. En voyage, je vais préférer découvrir les ambiances «construites» et «habitées» avec leurs quartiers, places animées ou marchés plutôt que les grands espaces vierges. J’aime ressentir les espaces à «histoires».
Côté campagne, j’ai eu la chance de découvrir un site merveilleux le Domaine de Boisbuchet, grâce à un projet d’étude. Un lieu « hors du monde et du temps » ! www.marionchatel.com/fr/255/une-semaine-a-boisbuchet


Vos inconditionnels dans la décoration ou ce que vous n’aimez pas du tout ?
La décoration est pour moi «hors mode». C’est une histoire d’univers, d’équilibre, d’espaces. J’aspire à mixer des pièces de design reconnues, à des objets uniques et «sentimentaux» rapportés de voyages. (Cf. projet «Objets (dé)paysés»)
J’aime l’idée des rangements intelligents dans l’espace.
«Quel est l’élément primordial de l’équipement domestique ?
Répondons sans hésiter : le rangement. Sans un rangement bien conçu, pas de vide possible dans l’habitat.»
Charlotte Perriand, 1950. Exposition vue ce week-end au Petit Palais. Petite phrase qui m’a parlé !
Je n’aime pas le mot abrégé « déco » qui fait écho au sens superflu du terme.
Un objet fétiche ?
Les chaussures.



Décrivez-nous votre maison idéale ?
Une maison de ville, plutôt dans l’esprit «loft» pour le volume. J’aimerais un tout petit espace pour prendre l’air et que l’esprit s’y évade, et de grands espaces pour vivre. La décoration y serait épurée dans l’ensemble avec une pièce pour mon « bazar » et mes boîtes, mais dont je puisse fermer la porte de temps à autres pour passer à autre chose.
Elle sera sans doute un jour pensée par mon père !
Vos projets actuels ? Les inspirations, en couleurs et matières qui vous animent ?
J’ai traversé une période assez intense où j’ai jonglé entre des contrats en free-lance de stylisme matières et accessoires pour 1.2.3, et des projets avec le bureau de tendances Nelly Rodi.
Le travail des accessoires est pour moi la partie de la mode qui se rapproche le plus du design. Chaussures et sacs étant aussi à voir comme des « objets », au-delà de leur dimension d’accessoirisation de la silhouette.
Je retrouve enfin du temps pour me recentrer sur mes envies, et projets autour du design d’objets, d’espaces ou de photos.
Je rentre de Milan et au programme de juin : découvrir la «fameuse» Berlin… En somme, j’ai un besoin d’inspirations pour faire naître de nouvelles idées.
Qu’aimeriez-vous créer en ce moment si vous n’aviez pas de limite de faisabilité ?
C’est le design culinaire qui m’attire. Ajouter le goût à ma sensibilité matières et couleurs serait un bel apport. Les démarches du design culinaire sont toujours assez fortes de sens (dans tous les sens !), d’imaginaires et de concepts. Cela rejoint ma démarche de « design sensible ».
Mais en matière de création, rien n’est impossible… D’ailleurs, l’atelier auquel je me suis inscrite cet été à Boisbuchet est avec Marc Brétillot !
Qu’évoque pour vous le mot « Cocotte » ?
Cocotte-minute ! (pensée sans doute très féminine !!)
Ou pensée gourmande pour la cocotte de Pâques que je viens de terminer de croquer.
Où retrouver Marion prochainement ?
Marion rejoint Cocotte Design et son exposition « Au-delà du Blog » en installant une de ses œuvres à l’espace13 Sévigné à l’occasion de l’événement Designer’s Days à Paris du 15 au 20 juin prochain.
Venez nombreux découvrir son talent !




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